La fondation de Rébénacq

Depuis des temps immémoriaux, les troupeaux en transhumance provenant de la vallée d’Ossau suivaient les chemins de crête. Deux de ceux-ci encadrent la vallée du Néez ; pour passer d’une crête à l’autre, il est nécessaire de descendre dans le vallon, c’est là qu’a été implanté Rébénacq. Les terres sont prises sur Bescat, avec l’accord de Pierre, petit seigneur local que les textes qualifient d’ « abbé laïque » : il avait la charge de collecter sur cette paroisse les taxes liées à l’église et d’ entretenir celle-ci.

Traits rouges : lignes de crêtes utilisées pour les transhumances.

Traits rouges : lignes de crêtes utilisées pour les transhumances

Un troupeau en transhumance passant par Rébénacq en 2014

Un troupeau en transhumance passant par Rébénacq en 2014

La fondation est due au célèbre Gaston Fébus, vicomte du Béarn. Alors âgé de 15 ans, il est secondé par son lieutenant, Roger d’Arévénac, qui donne son nom au village.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

ADPA 3 E 805

L’acte est signé le 25 juin 1347. La fête du village est toujours célébrée fin juin, marquant l’anniversaire de cette date, qui est évoquée également par la dédicace de l’église à Saint Jean-Baptiste. Ce texte qualifie Rébénacq de “bastide” : à partir des années 1250, ce terme est utilisé dans le sud-ouest pour désigner des villes ou villages nouveaux, créés à l’initiative des rois et des plus puissants seigneurs ; ils sont le plus souvent organisés autour d’une place carrée de grande dimension destinée à accueillir marché ou foire, celui de Rébénacq est accordé le jeudi deux fois par mois. Deux moulins sont par ailleurs prévus, l’un pour la farine, l’autre pour fouler la laine.

La charte de Rébénacq octroie divers avantages pour encourager l’implantation de nouveaux habitants, comme l’exemption de service militaire pour quinze ans ou des garanties en cas de dettes.

Texte intégral de la charte

Le plan de Rébénacq

La bastide de Rébénacq est établie entre trois cours d’eau, ce qui facilite le drainage : des rues en pente permettent d’accéder à la place presque carrée dite de la Bielle (ce nom dérivé du latin évoque une ville). Autour de cette place, la régularité des façades témoigne encore aujourd’hui des lots attribués initialement aux nouveaux habitants : leurs largeurs sont identiques, sauf regroupements de parcelles. Les maisons sont séparées par une venelle, selon une tradition remontant au droit romain. Chaque foyer dispose d’un jardin en arrière de son habitation (jaune clair sur le plan).

La place de la Bielle et ses contours montrent ainsi de façon remarquable la disposition datant de 1347, avec des propriétés très allongées disposées autour de la place du marché. Des chemins piétonniers permettent de faire le tour de ce centre historique. L’église est située hors de la place, ainsi laissée libre pour le marché, ce qui est la règle générale pour les bastides.

4 - PLAN REBENACQ PAH cor

Une profonde réforme de la société

A l’origine, ces lots de largeur égale sont taxés à l’identique (“4 deniers par an” précise la charte). Cette taxation en numéraire et égalitaire diffère des redevances en nature collectées par les maisons dominantes dans la société traditionnelle, par exemple en vallée d’Ossau. Par ailleurs, l’attribution à chaque foyer d’une surface à cultiver (36 “journades” soit environ 14 ha) crée des exploitations agricoles privées là où n’existait que des “landes incultes”, restées indivises et utilisées pour la libre pâture et le passage de certains troupeaux en transhumance. De plus, les habitants de la bastide sont mis sous la dépendance directe du vicomte.

5 - MAISONS  BIELLErec

L’implantation de Rébénacq, comme celles des bastides voisines de Gan et Bruges, correspond donc à un acte politique et administratif majeur du vicomte, concrétisé par une réforme agraire, administrative et judiciaire.

* Dans d’autres secteurs de l’Aquitaine, les motivations pour implanter les bastides diffèrent, pour en savoir plus :  bastides64.org.

L’histoire ultérieure

En 1385 à Rébénacq,  25 maisons sont recensées.

En 1695, Rébénacq accueille 400 habitants. Une propriété seigneuriale avec un château est alors mentionnée juste au nord du village, le limitant dans cette direction ; entre temps, le village s’est donc développé le long du Néez et vers l’est.

Vers 1760, l’intendant royal d’Etigny fait établir de nouvelles routes, notamment pour joindre Pau aux Eaux-Chaudes et aux Eaux-Bonnes, deux stations thermales situées en haute vallée d’Ossau. En outre, il modifie le tracé de la route reliant Nay à Oloron (photo) qui passe par Rébénacq. Le négociant Jean-Baptiste de Bitaubé construit vers 1775 une imposante demeure qui domine le village à l’ouest (actuellement château classé).

7 - Chateau Bitaubé IMG_0449 chateau bitaubérec2

La route de Nay (CD 936)

6 - ROute Nay_7D13129 -1

La demeure construite par J.B. de Bitaubé

Juste après la Révolution, le château seigneurial est vendu comme Bien National, il est démoli en 1794 ; les terres de la propriété restent longtemps inhabitées.

Dès l’abolition des privilèges, de nombreux propriétaires ont construit des moulins sur le Néez.

De nos jours

Au fil des siècles, Rébénacq a gardé son caractère de petit bourg rural, sa vocation d’origine. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’école a été construite (en 1959), puis la rocade (vers 1970), enfin des lotissements (à partir de 1982). La proximité de l’agglomération de Pau donne aujourd’hui au village un regain de dynamisme.

Les traces de cette histoire sont encore bien perceptibles en visitant Rébénacq : chaque étape trouve son reflet comme le montre la photo aérienne.

8 - Photo_plan partie Histoire_DxO

Vue aérienne de Rébénacq