Les encadrements de porte

Dans les maisons anciennes, les moëllons irréguliers et le mortier à chaux et à sable, dont la tenue était parfois incertaine nécessitaient un encadrement en pierre taillée ou en bois pour les ouvertures. Le mur des habitations était couvert par un crépi – contrairement aux granges – , cet encadrement donnait une touche de finition que les tailleurs de pierre ont utilisée à loisir.

Les encadrements en bois

Quelques maisons de Rébénacq conservent un encadrement de porte ou de fenêtres en bois. Cette technique moins onéreuse était employée pour les maisons  plus modestes, ou bien pour des encadrements moins visibles au regard.

Maison Pourtaut

Des encadrements avec linteau arqué ornent les fenêtres du rez-de-chaussée. A l’étage n’ont été prévus que des encadrements en bois.

Les encadrements en pierre

Du XVIe au XIXe siècle en Béarn, deux modes décoratives se succèdent ; elles ne se mélangent guère et sont donc bien identifiables.

Les derniers feux de la tradition gothique

Les encadrements dits « en anse de panier » ou « à accolade » sont les plus anciens encore visibles (ils remontent aux années 1500 et 1700 en vallée d’Ossau). Rébénacq en fournit aussi  plusieurs exemples, route de Pau ou place de la Bielle.L’arête de l’arc est taillée en chanfrein (pan coupé), celle du piédroit est souvent arrondie : l’arête est ainsi moins fragile en cas de choc, ce qui est important pour les portes charretières. Le milieu de l’arc est orné d’une petite flèche formant accolade.

Encadrement anse de panier et layage

Place de la Bielle, un encadrement daté 1606. La fenêtre servait probablement à une échoppe. L’arête est arrondie le long des piédroits, l’arc taillé en chanfrein est en accolade. Le détail du claveau central (photo à droite) montre les traces de layage et les « crossettes » permettant une meilleure tenue des pierres. Médaillon : marteau brettelé dit aussi laye.

 

  • La surface des pierres révèle les traces des outils utilisés, ce sont des stries appelées layage. En vallée d’Ossau, à Rébénacq en particulier, elles sont disposées avec grand soin, formant une sorte d’éventail.
  • La jointure des pierres montre à l’occasion un relief appellé crossette, pour assurer une meilleure tenue de l’assemblage et pallier la lenteur de prise des mortiers à la chaux d’alors.
  • Ces encadrements en accolade sont observables plus fréquemment pour les portes des granges que pour celles de l’habitat, plus étroites . Mais les granges sont souvent gardées en l’état alors que nombre de logis ont été reconstruits aux XVIII-XIXe siècles : l’encadrement des portes et fenêtres de la maison a alors suivi les modes néo-classiques évoquées ci-dessous.

La décoration est le plus souvent assez sobre, surtout pour les granges, elle est quelquefois plus ouvragée pour les habitations. Dans ce dernier cas, elle rappelle celle des églises édifiées en Béarn jusque vers les années 1600 (comme le portail de Bruges refait après les Guerres de Religion). Ce sont les derniers feux du gothique flamboyant.

Moulures encadrement gothique

Place de la Bielle, cet encadrement (en réemploi) montre l’arête arrondie des piédroits ; au lieu d’un chanfrein, l’arc est orné de moulures soignées, leur délicate intersection au sommet figure la flèche centrale. Ce traitement des moulures évoque les portails des églises béarnaises jusque vers 1600.

Les encadrements néo-classiques

Ils se répandent progressivement en Béarn à partir du XVIIe siècle, mais ne se généralisent dans le secteur ossalois qu’en fin du XVIIIe siècle. Les exemples les plus accomplis montrent la reprise de canons de l’Antiquité : par exemple traitement d’un ensemble en trois éléments (piédestal, piédroit, couvrement). Les influences classiques ont pu se répandre par des manuels en circulation chez les sculpteurs.

Encadrement néo-classique place de la Bielle

Encadrement néo-classique : le soin accordé à sa réalisation est révélé par les pierres polies (et non pas seulement bouchardées). Par rapport aux temples gréco-romains, les motifs sont simplifiés : la frise est constituée uniquement d’une surface lisse. Les piédroits sont traités en pilastre (relief faisant allusion à une colonne).
A droite : une évocation simplifiée des chapiteaux antiques peut accompagner la moulure d’imposte, fréquente en vallée d’Ossau, elle l’est beaucoup moins à Rébénacq.

 

  • L’arête est laissée vive (à angle droit). Pour les granges, cela induit une fragilité en cas de choc. Il est donc d’usage général de munir la base des piédroits d’un chasse-roue pour écarter les charrettes.
  • Les traces d’outils sur ces encadrements ne forment pas un layage, mais une surface ponctuée de petits creux : elle est obtenue à l’aide d’une boucharde, variété de marteau dont la panne est munie de pointes dures. La boucharde frappe perpendiculairement la pierre. En bordure, pour éviter de faire partir un éclat, un ciseau est utilisé obliquement, il laisse des petits traits parallèles sur une bordure d’un centimètre environ.
Encadrement et boucharde

A gauche, l’encadrement (sans doute récupéré) reprend les canons de l’architecture classique : chasse-roue traité en piédestal (1), piédroits à arête vive (2), couvrement isolé par une moulure (3). Le claveau central (4) est orné de feuillages sculptés.
Au centre, détail d’une pierre bouchardée, un examen attentif laisse deviner les mouvements du coude du sculpteur (cf. trait tireté). A droite, boucharde, la panne est garnie de pointes (collection musée d’Arette).

Les linteaux

Les encadrements de grange construits selon cette mode conservent grosso modo la même courbure  (en « anse de panier ») .
Pour les maisons rébénacquoises de la fin XVIIIe-début XIXe, le couvrement en pierre des portes et fenêtres se fait par un monolithe arqué. La décoration en est très sobre. Elle se limite généralement à une date, portée souvent sur trapèze central en relief, ce qui allie esthétique et extrême robustesse.

Rébénacq linteaux

De gauche à droite : linteau arqué monolithe (et détail), arc à 5 claveaux, plate-bande.

 

A partir du premier tiers du XIXe siècle pour les maisons du village s’imposent l’arc – quelquefois en plein cintre -, ou la plate-bande. Le claveau central du linteau, appelé « clef » par allusion aux clefs de voûte, est souvent agrémenté d’un décor sculpté. Son profil peut être plat, mais à compter des années 1850, il devient fréquemment bombé en « S » (on parle alors d’ « agrafe ») : cette forme était d’usage courant dans l’Antiquité, en France elle a été largement reprise à la Renaissance. A Rébénacq, des motifs religieux ou végétaux décorent volontiers ce claveau central, qu’il soit en aplat ou en relief, entre 1820 et 1875. Au dernier quart du XIXe siècle l’agrafe, cannelée se généralise, elle devient le motif quasi-exclusif à l’aube du XXe siècle.

Clefs

De gauche à droite : 1 et 2 : clefs à profil plat, avec motifs religieux ou végétaux, 3 : agrafe mêlant avec motif religieux et végétal, 4 : agrafe cannelée.

 

En plaine de Nay, s’est répandu au XIXe siècle l’usage d’un cartouche sculpté au-dessus de la porte d’entrée, il est souvent encadré de volutes (’ailerons’) et ornementé de motifs végétaux sculptés, de la date, éventuellement du nom du propriétaire, voire d’une devise. Cette décoration relie l’encadrement de la porte et celui de la fenêtre de l’étage. Quelques fermes de la commune de Rébénacq l’adoptent.

Cartouche au dessus de portes

Deux exemples de cartouches sculptés au-dessus des portes d’anciennes fermes de la commune. Dans les deux cas, des volutes encadrent une table ornée de motifs floraux (dates gravées 1838 à gauche, 1846 à droite).